Une SASU ou une EURL est une société : elle a son propre compte, ouvert à son nom, dès sa création, parce que le capital doit être déposé avant l’immatriculation. Libération initiale minimale : 50 % du capital pour une SASU, 20 % pour une EURL, le solde dans les cinq ans. Les fonds sont débloqués après l’immatriculation, sur présentation du justificatif. Mon conseil : vérifiez, avant de choisir l’établissement, qu’il accepte bien le dépôt de capital pour votre forme de société, et que son offre ne s’arrête pas à un seuil de chiffre d’affaires.
Une SASU ou une EURL doit-elle avoir un compte bancaire ?
Oui, au moins le temps de la création. J’ai relu la fiche de Service-Public Entreprendre sur le compte bancaire professionnel d’une société (vérifiée le 27 mai 2026) : un compte professionnel est obligatoire à la création, puisqu’il sert à recevoir le dépôt du capital social. Une fois la société immatriculée, la loi n’oblige pas à conserver ce compte, mais la fiche recommande de le garder pour séparer les finances de la société de celles de son dirigeant. Dans les faits, vous n’avez aucun intérêt à faire autrement : une société qui encaisse sur le compte personnel de son président s’expose à des difficultés fiscales et à des reproches de confusion de patrimoines.
La société est une personne morale distincte de vous. Même si vous êtes associé unique et dirigeant, son argent n’est pas le vôtre. Vous ne pouvez le prélever que sous des formes encadrées : rémunération, dividendes, remboursement de frais ou de compte courant. Cette distinction est le fil rouge de tout ce guide, et c’est ce que la banque regarde en premier.
Comment déposer le capital d’une SASU ou d’une EURL ?
La fiche Service-Public Entreprendre sur le dépôt du capital social (vérifiée en octobre 2025) donne le cadre. Le dépôt est obligatoire pour toutes les sociétés commerciales. Il se fait sur un compte bancaire professionnel bloqué ouvert auprès d’un établissement de crédit, ou chez un notaire. Les établissements de paiement ne sont pas admis, et la Caisse des dépôts n’accepte plus de dépôts depuis le 1er juin 2021. Certains textes de la partie réglementaire du code de commerce mentionnent encore la Caisse des dépôts, mais la fiche pratique est claire : ce n’est plus possible. Le dépôt doit intervenir avant la rédaction et la signature des statuts et avant l’immatriculation.
| Forme | Capital | Libération initiale minimale | Solde |
|---|---|---|---|
| SASU / SAS | Libre (1 € possible) | 50 % à la création | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation |
| EURL / SARL | Libre (1 € possible) | 20 % à la création | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation |
| SA | Au moins 37 000 € | 50 % à la création | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation |
Les pièces habituellement demandées : une demande de dépôt, un règlement, la pièce d’identité et l’adresse du représentant légal, la liste des souscripteurs avec leurs pièces d’identité, et un projet de statuts daté de moins d’un an. Le dépositaire remet une attestation de dépôt des fonds, indispensable au dossier d’immatriculation. Les fonds restent bloqués jusqu’à l’immatriculation, puis sont libérés sur présentation du justificatif (extrait Kbis ou extrait du registre national des entreprises) et peuvent être placés sur le compte courant de la société. Modes de dépôt admis : chèque tiré d’une banque domiciliée en France, virement, ou espèces.
La page banque pro pour le dépôt de capital rassemble les établissements qui le proposent, et le guide compte pro pour une création d’entreprise déroule le calendrier complet.
Certains comptes professionnels, notamment intégrés à un logiciel ou opérés par un établissement de paiement, ne peuvent pas recevoir un dépôt de capital. La fiche officielle exclut expressément les établissements de paiement du dépôt de capital. Posez la question par écrit avant d’ouvrir.
Quel montant de capital choisir ?
Le capital est libre, et un euro suffit légalement. Le bon montant dépend de ce que vous voulez signaler et financer. Un capital de 1 € est un signal faible pour un fournisseur, une banque ou un bailleur. À l’inverse, bloquer des milliers d’euros dont vous n’avez pas besoin immobilise votre trésorerie. Voici la logique que je suis : le capital doit couvrir les premières dépenses certaines (matériel, assurance, stock initial) et donner une image raisonnable à vos interlocuteurs. Au-delà, mieux vaut passer par un compte courant d’associé, que vous pourrez reprendre plus facilement qu’un capital (la réduction de capital impose des formalités).
Un exemple purement illustratif : une SASU créée avec 5 000 € de capital. Si les statuts prévoient une libération immédiate de 50 %, le président dépose au moins 2 500 € ; les 2 500 € restants peuvent être appelés plus tard, dans les cinq ans. Pour une EURL au même montant, le minimum initial est de 1 000 € (20 %). Ces montants de départ se retrouvent sur l’attestation de dépôt. Attention : certaines banques exigent un dépôt minimal supérieur au minimum légal. Ce n’est pas une règle publique mais une politique d’établissement, à vérifier avant de choisir.
Le compte courant d’associé : comment ça marche ?
Le compte courant d’associé n’est pas un compte bancaire : c’est une écriture comptable qui enregistre les sommes que vous prêtez à la société ou qu’elle vous doit. D’après la fiche de Service-Public Entreprendre, c’est un prêt consenti à la société, qui peut être rémunéré par des intérêts. Il est alimenté par la rémunération du dirigeant non encaissée, par des dividendes ou des remboursements de frais non perçus, ou par des versements volontaires. Il n’existe pas dans une entreprise individuelle.
- Convention. Les conditions (intérêts, durée, remboursement) figurent dans les statuts ou dans une convention. À défaut, la somme est exigible à tout moment, la société disposant de cinq ans après la demande.
- Intérêts. Facultatifs pour un associé personne physique. S’il y en a, ils sont déductibles dans la limite d’un taux de référence (4,33 % pour un exercice clos entre le 31 juillet et le 30 août 2026, d’après la fiche) et imposés chez vous.
- Interdiction du compte débiteur. Le dirigeant d’une SARL ou d’une SAS ne peut pas être débiteur de sa société sur ce compte : emprunter à la société est interdit. C’est un point que beaucoup découvrent trop tard.
- Déclaration. La société doit déposer chaque année une déclaration de contrat de prêt (cerfa 10142).
Concrètement, vous pouvez avancer 3 000 € à la société pour acheter du matériel, noter la somme en compte courant, et vous la faire rembourser quand la trésorerie le permet. Le virement s’effectue du compte de la société vers votre compte personnel, et c’est la comptabilité qui fait le reste. Votre expert-comptable vous dira comment traiter une avance importante, notamment pour l’EURL où les sommes en compte courant interviennent dans le calcul de la part de dividendes soumise à cotisations.
Comment se rémunérer, et comment cela se voit-il sur le compte ?
Le statut du dirigeant diffère. Le président d’une SASU est assimilé salarié et relève du régime général de la sécurité sociale lorsqu’il est rémunéré ; le gérant associé unique d’une EURL relève en principe du régime des travailleurs non salariés. Bpifrance Création donne des ordres de grandeur : les cotisations représentent environ 50 % du revenu d’activité pour un travailleur non salarié, contre environ 60 % du salaire brut pour un assimilé salarié, et un exemple de 30 000 € de revenu net coûte environ 45 000 € à l’entreprise dans le premier cas, 54 000 € dans le second. Ce sont des repères et non des calculs pour votre cas.
Pour votre banque, ce qui compte, ce sont les flux. Un virement de salaire du compte de la société vers votre compte personnel doit correspondre à un bulletin de paie. Un dividende se vote en assemblée et se justifie par les comptes. Un prélèvement sans justification, en revanche, finira en compte courant débiteur, interdit, ou en avantage occulte. Gardez les justificatifs : un dirigeant doit pouvoir expliquer chaque sortie d’argent de la société. Pour le suivi, le guide comptabilité et banque pro explique comment relier le compte à votre logiciel ou à votre cabinet.
Pourquoi une offre réservée aux micro-entrepreneurs ne convient pas
C’est le piège classique du créateur qui garde son compte d’entrepreneur individuel en créant sa société. Une offre « micro » ou « indépendant » est conçue pour une personne physique : elle ne peut pas être ouverte au nom d’une personne morale, elle ne reçoit pas le dépôt de capital, et ses conditions de plafonds ne sont pas dimensionnées pour une société. Mon conseil est net : n’utilisez jamais le compte de l’entrepreneur individuel pour encaisser les clients de votre société. Les risques sont réels : confusion de patrimoines, clôture du compte par l’établissement, redressement.
La page banque pro pour micro-entrepreneur et le guide compte pro du micro-entrepreneur traitent la question inverse, quand on reste en nom propre. Si vous passez de l’un à l’autre, lisez aussi avoir deux comptes pro : conserver provisoirement l’ancien compte pour clôturer proprement certaines opérations est une pratique courante, à condition de ne plus y faire transiter de nouveaux clients de la société.
Comment choisir le compte d’une SASU ou d’une EURL ?
Je vous propose une grille de cinq critères, dans l’ordre où je les regarde. D’abord le dépôt de capital : est-il possible pour votre forme de société, à quel tarif, et dans quel délai l’attestation est-elle délivrée ? Ensuite le coût réel : abonnement, cartes, virements, dépôt de chèques et d’espèces, commissions d’encaissement. Troisièmement la comptabilité : exports, connexion à votre cabinet, rapprochement des factures. Quatrièmement les plafonds : de virements, de cartes, d’encaissements. Enfin la sortie : clôture sans frais, délais, transfert des prélèvements.
| Catégorie | Atouts | Points à vérifier |
|---|---|---|
| Banque de réseau | Agence, espèces, financement | Frais de tenue, conditions de dépôt de capital |
| Banque en ligne pour professionnels | Ouverture rapide, coût souvent plus bas | Dépôt de capital, espèces, support |
| Compte spécialisé ou néobanque pro | Outils de gestion, cartes virtuelles | Statut d’établissement de paiement, garantie des dépôts, dépôt de capital |
| Compte intégré à un logiciel | Comptabilité automatisée | Dépendance à l’abonnement, portabilité |
Ces catégories sont détaillées dans le comparatif banque de réseau ou banque pro en ligne et dans la page banque pro pour société. Notre simulateur de frais permet de chiffrer la facture annuelle avec vos volumes. Pour les choix de fond, relisez choisir sa banque pro.
Sécurité des fonds et accès au compte
Le plafond de la garantie des dépôts est de 100 000 € par déposant et par établissement ; les accords d’indemnisation sont censés intervenir sous sept jours ouvrables selon le fonds de garantie. Pour une société qui a une trésorerie élevée, la question mérite d’être posée : une trésorerie de 300 000 € chez un seul établissement n’est couverte qu’à hauteur de 100 000 €. Les comptes tenus par un établissement de paiement ou de monnaie électronique ne relèvent pas de cette garantie : l’établissement doit alors protéger les fonds de ses clients par un autre mécanisme. Je développe tout cela dans garantie des dépôts pro.
Si une banque refuse d’ouvrir le compte, la société peut invoquer le droit au compte : attestation de refus sous quinze jours, saisine de la Banque de France qui désigne une banque sous 24 heures, ouverture dans les trois jours ouvrés si le dossier est complet, avec des services de base. Voyez refus d’ouverture de compte pro et droit au compte pro.
Quelles pièces la banque demande-t-elle ?
La fiche officielle distingue deux cas. Pour une société en cours de constitution, la banque demande en général la pièce d’identité du représentant légal (ou la preuve d’immatriculation de la société si le représentant est lui-même une personne morale), un justificatif de domiciliation de la société de moins de trois mois et le projet de statuts. Pour une société déjà immatriculée, ce sont les mêmes documents d’identité et de domiciliation, plus le numéro SIREN. Les banques peuvent ajouter un plan d’affaires, une attestation de parution d’annonce légale ou un justificatif d’origine des fonds. Rien de tout cela n’est illégal ; ce qui compte, c’est que la liste soit connue avant le rendez-vous.
Un point que je vois souvent sous-estimé : la domiciliation. Si vous domiciliez la société chez vous, prévoyez un justificatif à jour ; si vous passez par une société de domiciliation, demandez l’attestation et le contrat avant d’ouvrir. Un justificatif de plus de trois mois est une cause classique de retard. Toutes les pièces sont détaillées dans les documents pour ouvrir un compte pro, et la logique des vérifications d’identité se retrouve dans ouvrir un compte pro.
Qui peut signer, payer et utiliser les cartes ?
Dans une société unipersonnelle, vous êtes généralement le seul représentant légal, donc le premier titulaire de tous les pouvoirs. Mais deux situations demandent de l’anticipation. La première est la procuration : si un conjoint collaborateur, un salarié ou votre expert-comptable doit pouvoir consulter ou valider des opérations, il lui faut un mandat bancaire. Mieux vaut le prévoir dès l’ouverture que de découvrir, un jour de congé, que personne d’autre que vous ne peut payer l’Urssaf. La seconde est la continuité : que se passe-t-il si le dirigeant est empêché ? Une procuration ou un second représentant évitent un blocage.
Côté cartes, je regarde le nombre de cartes incluses, la possibilité de cartes virtuelles pour les abonnements en ligne, et le plafond de paiement. Une carte de société qui sert à régler des dépenses personnelles crée une dette du dirigeant envers la société, avec des conséquences comptables. La règle est la même que pour le compte courant : toute dépense doit pouvoir être rattachée à l’activité. Pour comparer ces fonctionnalités, voyez cartes bancaires pro.
Dividendes, salaire, remboursement de frais : comment faire sortir l’argent ?
Il existe en pratique quatre manières légitimes de transférer de l’argent de la société vers vous. Le salaire (SASU) ou la rémunération de gérance (EURL) sont des charges de la société et donnent lieu à cotisations. Les dividendes sont un partage du bénéfice, votés après l’approbation des comptes ; ils ne se versent pas à tout moment. Le remboursement de frais couvre des dépenses engagées à titre professionnel avec justificatifs. Le remboursement du compte courant restitue des sommes que vous aviez avancées. Ces mécanismes n’ont ni le même coût social ni la même fiscalité, d’où l’intérêt de l’expert-comptable.
Laissez à votre comptable le soin de définir un calendrier de versements, et programmez un virement récurrent depuis le compte de la société pour votre rémunération. Rien n’irrite plus un banquier que des retraits sans cause apparente, et rien n’est plus facile à justifier qu’un virement mensuel régulier correspondant à un bulletin de paie.
Dernière précision : pour une EURL imposée à l’impôt sur les sociétés, la fiche de Bpifrance Création rappelle que la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant est assujettie à cotisations sociales. Autrement dit, le niveau du capital et des avances n’est pas un détail comptable : il peut changer le coût de vos dividendes. À vérifier avec votre expert-comptable avant de décider du capital.
Que se passe-t-il quand la société grandit ou que des associés arrivent ?
Une SASU peut devenir SAS à plusieurs associés ; une EURL peut devenir SARL. Le compte, lui, reste celui de la société : l’arrivée d’un associé ne change pas l’IBAN, mais elle change les pouvoirs, les procurations éventuelles et parfois les plafonds. Informez la banque, qui peut demander de nouvelles pièces (identité des associés, statuts modifiés, extrait Kbis mis à jour). Si vous pensez créer une holding pour détenir votre société, anticipez : chaque société a son compte, et la circulation des fonds entre elles doit être documentée par des conventions.
Le moment où l’on dépasse les offres de base arrive souvent plus vite qu’on ne le croit : facturation en devise, recrutement d’un premier salarié, besoin de crédit. C’est le bon moment pour relire le comparatif compte pro intégré ou banque indépendante et pour vérifier ce que votre établissement propose en financement et en découvert, sujet traité dans financement et découvert pro.
Erreurs fréquentes
- Commencer par signer les statuts avant le dépôt de capital. Le dépôt précède la signature et l’immatriculation.
- Choisir un compte qui ne reçoit pas de dépôt de capital. Vous perdez des semaines.
- Utiliser le compte de l’entrepreneur individuel pour la société. Confusion de patrimoines, risque de clôture.
- Prélever sans justificatif. Le compte courant débiteur est interdit au dirigeant.
- Oublier la déclaration des prêts d’associés. Un compte courant rémunéré se déclare.
- Laisser une trésorerie élevée dans un seul établissement. La garantie plafonne à 100 000 €.
- Ignorer la facturation électronique. La réception est obligatoire depuis le 1er septembre 2026 et l’émission le sera pour les PME à partir du 1er septembre 2027.
Ce que je retiens avant de décider
Ma règle pour une société unipersonnelle : choisissez d’abord pour le dépôt de capital et la sortie, ensuite pour le prix. Un compte bon marché qui ne vous permet pas d’immatriculer la société, ou qui vous enferme dans un abonnement logiciel, vous coûtera plus qu’un compte moyen mais souple. Les avis ci-dessus sont éditoriaux et fondés sur les pages publiques que j’ai relues ; ils ne remplacent pas le conseil d’un expert-comptable ou d’un juriste, notamment pour la rémunération et le compte courant d’associé.
Sources officielles
- Compte bancaire professionnel d’une société (Service-Public Entreprendre)
- Dépôt du capital social (Service-Public Entreprendre)
- Compte courant d’associé (Service-Public Entreprendre)
- Refus d’ouverture d’un compte professionnel (Service-Public Entreprendre)
- Comment me rémunérer en tant que dirigeant (Bpifrance Création)
- FAQ du Fonds de garantie des dépôts et de résolution
- Facturation électronique en vigueur depuis le 1er septembre 2026 (Service-Public Entreprendre)